Lorsque les Maraudeurs deviennent

plus qu un simple mythe

 

Chapitre 21 : Le bal de Halloween.

 

            Deux jours s’étaient écoulés, depuis le match de Quidditch et la fête qui avait suivit la victoire de l’équipe de Gryffondor.

 

            Lily avait retrouvé, avec joie, le calme relatif qu’offrait le début de la semaine, en comparaison avec l’effervescence du week-end. Comme lui avait fait remarqué Harry quelques jours auparavant, sa présence lors du match n’avait échappé à personne… Bien sûr, Amy et Elsa avaient été ravies d’apprendre que leur amie acceptait enfin de s’intéresser au centre d’intérêt principal du monde sorcier…

 

            Quoique les autres puissent penser, son avis restait, cependant, inchangé… Le Quidditch était un sport dangereux et stupide… Elle n’était venue que pour tester les suggestions de Harry qui, du moins sur ce point, s’était révélée exacte… !

 

            Alors qu’elle se rendait à la bibliothèque, après les cours du jour, Lily ne put s’empêcher de sourire en repensant à la brève conversation qu’elle avait eu avec le Capitaine de l’équipe de Gryffondor, lors de la petite fête organisée, par les bons soins de Remus et Peter, dans la Salle Commune pour fêter leur victoire.

 

* * * * *

 

<flash-back>

 

            Lily avait réussie à s’isoler dans un coin de la Salle Commune et essayait, vainement, de se concentrer sur un devoir d’Arithmancie, alors que, à l’autre bout de la salle, la fête battait son plein, les joueurs de l’équipe étant, bien sûr, le centre d’intérêt… Elle regrettait la tranquillité habituelle qu’elle avait, lorsqu’elle faisait ses devoirs tandis que les autres allaient assister aux matchs de Quidditch… ! Mais, cette fois, elle était allée assister au match, si bien qu’elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même… ! En quête d’inspiration, elle leva les yeux de sa feuille, jetant machinalement un regard à la foule des élèves qui s’amusaient allègrement. Elle ne put s’empêcher de se demander comment les Maraudeurs s’y prenaient pour toujours arriver à se fournir suffisamment de victuailles en tout genre pour entretenir les festivités jusqu’à une heure avancée de la nuit… !

 

            Tout en s’efforçant de trouver une réponse plausible à ses interrogations, elle esquissa un petit sourire en apercevant Elsa et Amy, en grande conversation avec Elvira et Mondingus…, probablement sur le Quidditch, à en croire les grands gestes enthousiastes d’Amy… Elle pouvait peut-être paraître rabat-joie, à rester là, toute seule, dans son coin, mais il était hors de question qu’elle ne prenne pas de l’avance dans son travail aujourd’hui…

 

            Elle s’efforça donc de se remettre à son devoir mais elle ne tarda pas à être à nouveau interrompue.

 

            « Hé, Lily, il faudra que tu m’explique comme tu fais pour travailler dans ces conditions… ! »

 

            Elle releva, une fois de plus les yeux de son parchemin, pour découvrir Harry… et James, qui l’observaient d’un air amusé.

 

            «- Ce n’est qu’une question de volonté ! commenta-t-elle, tout en jetant un bref regard à Harry qui esquissa un petit sourire innocent.

 

             - Tu travailles trop, Evans… ! intervint tranquillement James. Tu devrais laisser un peu tes livres de côtés, ne serait ce qu’une heure ou deux… ! Je suis sûr que ça ne pourrai pas te faire de mal… ! Pourquoi ne viendrais-tu pas te joindre à nous, pour une fois ?

 

             - Euh, ça ne me dit rien… ! rétorqua-t-elle, en baissant à nouveau les yeux vers sa copie.

 

             - Si tu ne veux pas, on ne va pas te forcer… ! intervint Harry. Mais comme on se doutait de ta réponse…

 

             - On c’est dit que si tu ne te mêlais pas à la fête, c’est la fête qui irait à toi… ! » ajouta James, avant de déposer un verre de Bièraubeurre et une part de gâteau au chocolat (qu’ils avaient probablement été aller prendre aux cuisines) devant elle.

 

            Lily le fixa, intriguée, s’efforçant de ne pas rougir en rencontrant son regard.

 

            «- Euh… merci beaucoup mais… !

 

             - Oh mince… ! s’exclama Harry en secouant son verre vide. Il faut que j’ailles m’en reprendre… l’un de vous en reveut ?

 

             - Non merci… ! répondirent, dans une même voix, les deux Préfets-en-Chef.

 

             - Bon, ben je reviens… ! » répondit Harry, avant de s’éclipser.

 

            Un moment de silence s’instaura, après son départ. Lily pliait nerveusement son parchemin, tout en jetant de brefs coups d’œil au Maraudeur qui s’agitait, visiblement mal à l’aise.

 

            «- Alors…, j’ai vu que tu étais venue voir le match… ! lança au bout d’un moment James.

 

             - Oui… ! D’ailleurs, félicitation pour cette victoire… !

 

             - Oh, c’est surtout Harry qu’il faut féliciter, c’est lui qui a fait le plus gros, en attrapant le Vif… ! répondit James en haussant les épaules.

 

             - Sûrement… ! Mais toi aussi tu as bien joué… ! »

 

            Elle eut alors la quasi-certitude qu’il prit des couleurs à sa remarque, alors qu’il semblait trouver un intérêt soudain à son verre de Bièraubeurre. Il finit cependant par relever les yeux vers elle, et esquissa un petit sourire. Il y eut un nouveau moment de silence, alors que l’un et l’autre cherchaient un quelconque sujet de conversation.

 

            «- Au fait, qu’est-ce que tu fais, là, comme devoir ? s’enquit James, en désignant le parchemin qu’elle continuait à triturer.

 

             - Hein ? Oh, mon Arithmancie… ! répliqua-t-elle.

 

             - Je ne savais pas que cette matière consistait à faire des pliages… ! » observa simplement James, sur un ton qu’elle ne parvint pas à déterminer avec précision.

 

            Lily écarquilla les yeux, interloquée, et prit alors conscience du sort qu’elle réservait à son devoir et hésita, un bref instant, gênée, sur la conduite à tenir. Elle finit par éclater de rire (un peu embarrassé mais un rire quand même), tout en cessant de s’acharner sur la feuille.

 

            « Non, l’Arithmancie c’est… !

 

             - Eh, Jamsie… ! s’exclama Sirius en surgissant de nulle part et en attrapant son ami par les épaules, avec bonne humeur. Mon pote, on te réclame là-bas… ! Oh, alors, Evans, que nous a valut ta présence au match ? » ajouta-t-il, à l’adresse de la Préfète-en-Chef.

 

            Elle haussa les épaules, se renfrognant aussitôt.

 

            «- J’arrive… ! répondit James à l’adresse de son ami. Et relâche mes épaules, tu veux… ? grogna-t-il, avant de se tourner vers Lily. Ben, Evans, désolé mais… !

 

             - Oh, mais vas-y… ! le coupa la Préfète-en-Chef. De toute façon, j’ai un devoir à finir… ! »

 

            James acquiesça puis partit, entraîné par un Sirius plus agité que de coutume. Lily soupira, secoua la tête d’un air exaspéré, puis reporta son attention sur son devoir d’Arithmancie, sans aucun entrain…

 

<fin du flash-back>

 

* * * * *

 

            Lily soupira de contentement en pénétrant, un livre à la main, dans la Bibliothèque. Elle aimait le calme qui y régnait…, une atmosphère presque irréelle qui contrastait avec l’agitation qui régnait dans le reste du château…, comme si franchir la porte qui menait à cette pièce permettait d’accéder à un autre monde… D’autant plus quand, comme toujours à cette heure avancée, la Bibliothèque était déserte. De plus, c’était l’endroit idéal pour réfléchir, en toute tranquillité, à ses préoccupations du moment…, autrement dit James Potter, l’organisation du bal de Halloween, James Potter, ce qu’elle allait bien pouvoir mettre pour le bal, encore James Potter, essayer de trouver ce qui lui semblait familier dans la façon d’agir de Harry, et encore James Potter… ! Elle soupira et s’avança dans la vaste pièce silencieuse.

 

            «- Bonsoir, Madame Pince ! lança-t-elle en s’approchant du bureau de l’irritable bibliothécaire.

 

             - Oh, bonsoir Miss Evans… ! lui répondit cette dernière en lui adressant un bref sourire. Alors, comment s’est passé cette dissertation sur les différentes méthodes pour atteindre de grandes profondeurs ?

 

             - Très bien, comme d’habitude… ! annonça la jeune fille en souriant à son tour. D’ailleurs, je venais vous rendre le grimoire que vous m’aviez conseillée… ! ajouta-t-elle en déposant le livre qu’elle tenait jusque là sur le bureau de la bibliothécaire. Il m’a vraiment été très utile ! »

 

            Après s’être entretenue un moment avec Madame Pince, Lily se glissa parmi les rayonnages à la recherche d’un quelconque livre, avant de se rappeler qu’elle en avait déjà un dans son sac. Elle se figea soudain en apercevant un autre élève qui était assis, seul, à une table isolée. Bien qu’il soit de dos, elle ne tarda pas à l’identifier…, ce qui la surpris encore plus.

 

            « Qu’est-ce qu’il fait là ? » songea-t-elle troublée.

 

            Intrigué, elle s’avança dans la direction de l’adolescent aux cheveux noirs en bataille qui semblait concentré sur ce qu’il faisait, à tel point qu’il ne semblait même pas avoir remarquer sa présence.

 

            Il soupira, l’air agacé, en se passant la main dans les cheveux, arrachant ainsi un sourire à la jeune fille qui jugea préférable d’attendre qu’il ait reprit son “travail”, avant de se faire remarquer. Finalement, elle inspira profondément et se lança.

 

            « Euh, Potter… »

 

            Il sursauta et se retourna vivement. Son expression se détendit aussitôt.

 

            «- Oh, c’est toi !

 

             - On dirait bien… ! ironisa Lily, ne sachant pas vraiment comment elle devait prendre cette remarque. Désolée de t’avoir fait sursauter…

 

             - Oh, ce n’est rien ! Je ne m’attendais pas à ce que quelqu’un vienne me trouver ici… !

 

             - On va dire que tu étais bien la dernière personne que je m’attendais à trouver ici ! avoua Lily. Mais c’est vrai que, ces derniers temps, tu ne cesses de me surprendre ! »

 

            Il esquissa un petit sourire incertain et haussa un sourcil. Un moment de silence gêné s’installa alors entre eux.

 

            « Euh…, ça te dérange si je reste un moment ? » se risqua-t-elle enfin, tout en s’efforçant de rester impassible malgré son cœur qui battait la chamade.

 

            Le Maraudeur lui adressa un regard mitigé.

 

            «- Je veux dire… étant donné que nous ne sommes que tous les deux dans la Bibliothèque, c’est un peu idiot que nous restions chacun dans notre coin ! »

 

             - Oh, mais je n’ai rien dit, Evans ! répliqua James en lui souriant légèrement. Je ne t’ai pas demandé de te justifier… ! Bien sûr que tu peux rester… ! »

 

            Elle lui répondit par un sourire hésitant avant de prendre une chaise, en face de lui.

 

            «- Au fait, Potter, tu n’es pas sensé avoir entraînement aujourd’hui ?

 

             - Oh non, jamais après un match… ! répliqua James. Qu’on gagne ou qu’on perde, mes coéquipiers ont toujours quartiers libres lors de la séance qui suit un match… ! »

 

Lily acquiesça. Le silence revint entre eux, alors que Lily sortait son livre de son sac et se plongeait dans sa lecture.

 

            Prenant soudain conscience d’un regard posé sur elle, Lily releva au bout d’un moment, la tête, pour rencontrer les yeux bleu foncé du Gryffondor.

 

            Il n’y avait aucune trace de défi, ni d’animosité dans leur regard… Tous deux se détournèrent presque aussitôt. Il y eut un nouveau temps mort alors que Lily, embarrassée, tentait de se concentrer, tant bien que mal, sur son livre.

 

            « Qu’est-ce que tu lis ? » s’enquit finalement James.

 

            Elle releva la tête, étonnée.

 

            «- Oh, “Roméo et Juliette”, de William Shakespeare…, un grand nom de la littérature anglaise… !

 

             - Je ne connais pas… ! rétorqua-t-il. C’est un livre de la Bibliothèque ?

 

             - Non, ce livre est à moi… ! répondit-elle. Sur ce point, je dois bien dire que la section consacrée aux Moldus est plutôt pauvre, ici !

 

             - Je ne savais même pas qu’il y avait un rayonnage consacré aux Moldus, à Poudlard ! »

 

            Lily eut un infime sourire et le silence revint entre eux.

 

            «- Et… ça parle de quoi ? » continua-t-il.

 

             - Euh… et bien, c’est un peu compliqué… ! murmura-t-elle en rougissant. Tu vas te moquer… !

 

             - Mais non ! assura James en esquissant un sourire engageant. Promis ! » ajouta-t-il.

 

            Lily sourit à nouveau, hésita, puis se lança.

 

            « C’est une pièce de théâtre… une tragédie qui… ! commença-t-elle avant de s’interrompre en repensant à quelque chose. Dis donc, tu n’avais pas dit que tu ne devais jamais plus me demander quoi que ce soit ? »

 

            Il fronça les sourcils, cherchant probablement ce à quoi elle faisait allusion puis sourit.

 

            « C’est ce que j’avais dit, mais, peu importe… ! Parle-moi un peu de ton livre ! » suggéra-t-il.

 

            Lily l’observa, se demandant ce qu’il pouvait bien avoir derrière la tête et décida finalement de le mettre à l’épreuve en lui en faisant un résumé le plus complet possible…

 

«- D’accord… ! Et bien…, l’histoire se passe à Vérone où la tension règne, imposée par deux familles qui se vouent une haine sanglante, les Capulet et les Montaigu. Les deux clans s’affrontent dans des rixes collectives qui divisent la ville et échappent au gouvernement du prince de Vérone. Au milieu de cette opposition violente a lieu un rapprochement violent : un amour entre une Capulet, Juliette, et un Montaigu, Roméo. Les deux amants rejettent leurs noms, découverts trop tard, et se marient aussitôt grâce au frère Laurent qui espère ainsi rapprocher les deux familles. Mais la situation des mariés s’aggrave lorsque Roméo, pour venger la mort de son meilleur ami, tue Tybalt, cousin de Juliette : il est banni, portant ainsi un coup fatal aux jeunes amants. Après une nuit d’adieux, Juliette affronte son père qui veut la marier à Pâris, parent du prince. Désespérée, elle s’en remet au frère Laurent qui lui propose de se faire passer pour morte en absorbant une liqueur, afin de rejoindre Roméo à son réveil. Pendant que les Capulet pleurent leur fille, l’amoureux exilé apprend la nouvelle sans recevoir la lettre explicative du frère. Il court à Vérone, au tombeau des Capulet, pour contempler une dernière fois son amour avant de s’empoisonner. Juliette se réveille, voit son mari mort près d’elle et se donne, à son tour, la mort. Toute la ville pleure en écoutant la tragique histoire des amants. Le prince y voit la justice du ciel…; les familles responsables se réconcilient dans la douleur.

 

             - Et bien… c’est d’un joyeux… ! commenta James. Et ça te plaît, ce genre de truc ? »

 

            Elle haussa les épaules.

 

            «- C’est un livre intéressant… ! répliqua-t-elle. Mais ce qui me trouble le plus dans ce livre c’est qu’ils soient capable de mourir par amour de l’autre… ! Ils donnent leur vie, comme ça, sans aucune hésitation… ! Alors que nous vivons, nous, dans un monde où les tueries sans intérêts se multiplient…, un peu comme le contexte du livre… ! Et peu de personnes pourraient avoir l’élévation morale et la volonté pour mourir par amour pour quelqu’un… !

 

             - L’amour aveugle… ! observa James. Ils devaient vraiment s’aimer, ces deux Moldus, pour en venir à mettre fin, comme ça, à leur vie… ! ajouta-t-il, pensif. Est-ce que tu y crois, toi, à cet amour plus grand que la mort, la haine et tout ça… ?

 

             - Oui, assura-t-elle catégoriquement. J’y crois… ! Je suis sûre qu’on peut aimer quelqu’un au point de se sacrifier pour lui… ! D’aimer à en mourir… ! Et toi ?

 

             - Je ne sais pas… ! répondit-il lentement, songeur. Je ne me suis jamais vraiment posé la question ! Jusqu’à récemment, je ne savais même pas ce que c’était que d’aimer, vraiment, quelqu’un… ! »

 

            Il y eut un moment de silence.

 

            «- Dis, Evans, un de ces jours, tu pourrais me le prêter, ce livre… ?

 

             - Si tu veux… ! accepta-t-elle, surprise. Je peux même te le prêter maintenant… ! Je l’ai déjà lu donc… !

 

             - Euh, oui, pourquoi pas… ? Enfin… non…, je veux dire… ! Tu disais que c’était du théâtre, non ?

 

             - Effectivement…

 

             - Je n’y connais rien en théâtre… ! encore moins moldu… ! lâcha-t-il, l’air embarrassé.

 

             - Ce n’est pas compliqué… ! Regarde, je vais te montrer… ! »

 

            Disant cela, elle se déplaça, son livre à la main et vint s’asseoir à côté de lui. Là, elle ouvrit le roman aux pages où elle s’était arrêtée, tout en s’efforçant de rester la plus impassible possible alors qu’elle entreprenait de lui expliquer les particularités d’une pièce de théâtre.

 

            «- Ok ! reprit-il, lorsqu’elle eut fini ses explications. Mais, on ne pourrai pas faire un essai, comme ça, histoire de voir si j’ai bien compris… ?

 

             - Bien sûr… si ça te dit… ! accepta la jeune fille, avant de feuilleter brièvement le livre et s’arrêter sur une page. Tiens, ce passage est idéal vu qu’il n’y a que deux personnes… ! »

 

            James jeta un coup d’œil au passage qu’elle lui indiquait.

 

            «- Roméo et Juliette, hein ? observa-t-il, l’air amusé, en jetant un regard à la jeune fille. Je suppose que je suis sensé faire Roméo… ? Et toi tu ferais ma Juliette… ?

 

             - Si seulement ça pouvait être vrai… ! songea-t-elle tout en s’efforçant à conserver le même masque d’indifférence. Euh oui, si tu veux ! ajouta-t-elle, à voix haute. Dans ce cas, c’est à toi de commencer… ! »

 

            James acquiesça et jeta un nouveau regard au début de la page, venant, machinalement, poser une main sur le dossier de la chaise de la jeune fille. Il fronça les sourcils puis se lança.

 

            « Silence ! Quelle lumière brille à… ?

 

             - Arrête… ! l’interrompit précipitamment Lily, une petite lueur amusée venant éclairer ses yeux verts en démentant ainsi la moue horrifiée qu’elle esquissa. Ce n’est pas comme ça qu’on lit du Shakespeare… !

 

             - Je t’ai dit que je n’y connaissais rien en théâtre… ! grommela-t-il, l’air vexé.

 

             - Ce n’est pas une question de connaître ou pas, c’est une question d’intonation… ! Regarde… ! »

 

            Elle s’éclaircit la gorge et se lança.

 

            « Silence… ! Quelle lumière brille à cette fenêtre… ? reprit-elle, marquant exagérément les diverses intonations. Tu vois, c’est autrement plus vivant que ce que tu as lu tout à l’heure… ! Il faut prendre son temps, marquer des pauses, varier de tonalité… ! ajouta-t-elle. Vas-y, recommence… ! »

 

            Il acquiesça, l’air cependant peu convaincu, mais se prêta au jeu. Au bout de deux essais, il finit par obtenir une réplique presque digne de ce nom.

 

            «- Ok, ça ira… ! On continue… ? proposa Lily, amusée.

 

             - Pourquoi pas ! accepta-t-il avant de se relancer dans la lecture. C’est l’est…, et Juliette est le soleil… !

 

             - C’est bien, continue ! l’encouragea l’adolescente en le voyant hésiter.

 

             - Lève-toi, beau soleil, et tue cette envieuse lune, déjà malade et pâle de chagrin, en voyant sa servante beaucoup plus belle qu’elle… ! Mais qu’est-ce que c’est que cette façon de parler… ? s’étonna-t-il. Ce Roméo, il avait bu trop d’hydromel ou quoi ?

 

             - Potter… ! soupira Lily, exaspérée, en se prenant la tête entre les mains. L’anglais que nous employons aujourd’hui a changé par rapport à celui de Shakespeare… ! C’est du vieil anglais, plus poétique d’ailleurs, que le notre… !

 

             - Ah… ! Si tu le dis… ! marmonna James avant de reprendre. Ne sois pas sa servante puisqu’elle est si envieuse… ! Sa robe… ! »

 

            Il écarquilla les yeux puis se ressaisit.

 

            «- Sa robe virginale est maladive et blême… ! Seuls les folles la portent… ! Oh…, retire-la ! Bon, ce qui est entre parenthèses je ne dois pas le lire, c’est ça ? s’enquit-il en levant les yeux vers l’adolescente.

 

             - En effet… ! Les didascalies ne se disent pas… ! » confirma-t-elle.

 

            James opina et reprit sa lecture.

 

            «- C’est elle…, c’est mon amour… ! Oh…, si elle savait que je l’aime ! »

 

            Lily lui adressa un regard en coin. C’était son imagination où les propos de son camarade s’étaient soudain faits plus… ardents que jusqu’à présent ? Elle secoua discrètement la tête, chassant ces pensées de ses réflexions. De plus, c’était à elle de parler…

 

            «- Hélas

 

             - Elle parle… ! Oh, parle encore, bel ange… !

 

             - Roméo… oh, Roméo… pourquoi donc es-tu Roméo… ? Renies ton père et refuse le nom qu’il t’a transmis… ! Ou si tu ne veux pas… fait serment de m’aimer, je cesserai d’être une Capulet… !

 

             - Dois-je en entendre d’avantage…, ou dois-je répondre à cela ? »

 

            Il s’interrompit, et leva les yeux vers la jeune fille.

 

            « Je crois que j’en ai assez entendu… ! » commenta-t-il, l’air singulièrement mal à l’aise.

 

            Il y eut un moment de silence, avant qu’il ne reprenne la parole.

 

            «- Alors, est-ce que tu es toujours d’accord pour me le prêter… ?

 

             - Mais bien sûr ! répondit Lily, avant de refermer le livre et le lui tendre.

 

             - Es-tu certaine que ça ne te dérange pas ?

 

             - Bien évidemment…, sinon je n’aurai pas acceptée de te le prêter… ! Allez, prend-le ! »

 

            Il hésita un bref instant mais fini par prendre le livre et le rangea dans son sac.

 

            « Merci… ! Je te le rendrais dès que possible… ! »

 

            Le silence revint.

 

            «- Au fait, Potter, demain soir, on a encore une réunion, pour les derniers préparatifs du bal… ! Après le cours de Métamorphose… !

 

             - Ah… ! Ok, j’y serai… ! répliqua James. D’ailleurs, en parlant du bal, tu y vas ?

 

             - Bien sûr… ! McGonagall nous a clairement laissé entendre lors de la dernière réunion, que, en tant que Préfets et Préfets-en-Chef, on devait faire acte de présence… ! Tu y vas avec qui ?

 

             - Oh, je ne sais pas encore… ! répondit, après un moment d’hésitation, James. Et toi… ?

 

             - Je suis dans le même cas que toi… ! » avoua-t-elle.

 

            Tous deux échangèrent un regard, alors qu’un (long) moment de silence s’installait.

 

            « Evans… ! » commença James, visiblement embarrassé.

 

            Des éclats de voix à l’entrée de la Bibliothèque l’interrompirent.

 

            «- Tiens, Madame Pince en a après quelqu’un… ! commenta James, en se levant. Et je dirais que c’est Sirius… !

 

             - Qu’est-ce qui te fais dire ça… ? demanda Lily, un peu déçue qu’il ne soit pas allé au bout de sa phrase, se demandant bien ce qu’il voulait dire.

 

             - Il doit être à ma recherche, le connaissant… ! Mais Pince l’a mit sur sa liste de ses “bêtes noires”… ! Il n’a plus le droit d’entrer dans cette Bibliothèque… !

 

             - Ah oui, depuis le coup des livres mordeurs… ! se rappela Lily, en fronçant les sourcils.

 

             - Oui, en deuxième année… ! Enfin, visiblement, cette fois, il n’a pas réussit à échapper à l’attention de Pince et il n’a pas pu entrer en douce… ! Je ferai bien d’y aller… ! A plus, et merci pour le livre ! ajouta-t-il, en rassemblant rapidement ses affaires et en fourrant tout dans son sac.

 

             - De rien… ! » répondit, simplement, Lily, alors qu’il se hâtait de partir.

 

            Elle le suivit, rêveusement, des yeux, jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’angle d’un rayonnage. Elle esquissa un petit sourire, n’arrivant pas encore à croire qu’il lui avait “donné la réplique” dans Roméo et Juliette… ! Et encore moins que, depuis cette mémorable sortie dans la forêt, ils parvenaient vraiment à avoir des conversations sans que le ton ne monte…, c’était un sacré progrès… !

 

* * * * *

 

            Harry soupira, la tête basse, alors qu’il atteignait la porte du dortoir des garçons de septième année. Il s’engouffra à l’intérieur, pour découvrir que James s’y trouvait déjà, vautré sur son lit, parcourant, avec intérêt… un livre… Harry haussa les sourcils, étonné. Depuis son arrivée à l’époque des Maraudeurs, il ne se rappelait pas avoir déjà vu James passionné à ce point par un livre, en dehors des magazines sur le Quidditch… ! Mais, d’après ce que Harry pouvait en voir, ce n’était pas un magazine… ! Il ferma discrètement la porte et continua à observer le Maraudeur à son insu… Celui-ci, visiblement passionné par sa lecture, ne l’avait même pas remarqué.

 

            Harry, de plus en plus intrigué, sourit, et se décida à signaler sa présence, en esquissant une toux discrète. James tressaillit, mais se détendit en apercevant Harry.

 

            «- Ah, c’est toi ? Je n’e t’ai pas entendu entrer… !

 

             - Je vois ça… ! Tu m’avais l’air passionné par ce livre… ! C’est quoi ?

 

             - Oh, Roméo et… !

 

             - Tu lis du Shakespeare ? s’étonna Harry, bouche bée.

 

             - Ben, oui… et alors ? riposta James, en rosissant légèrement.

 

             - Rien… c’est juste que… c’est tellement inattendu… ! Sirius et toi, je ne vous ai jamais vu lire, avec enthousiasme, autre chose que les livres sur le Quidditch… et voilà que je te surprend en train de lire du Shakespeare… du théâtre qui plus est moldu… ! »

 

            James prit un petit air contrit.

 

            «- C’est Evans qui m’a prêté ce livre… !

 

             - Oh, je comprend mieux cet intérêt soudain pour la littérature moldue… ! commenta Harry en souriant. Et comment tu trouves ?

 

             - J’aime bien… ! admit James, en haussant les épaules. La façon de parler des personnages est un peu… bizarre mais… !

 

             - Dis-moi, je suppose que, si elle t’a prêté ce livre, vous avez du, au moins, discuter un peu, tous les deux… !

 

             - Euh… oui… ! avoua James, en rougissant légèrement.

 

             - Et… ? Alors… ? Comment ça c’est passé ? s’enquit Harry, intéressé, en s’asseyant sur son lit.

 

             - On a discuté… ! résuma James. Ca c’est plutôt bien passé… !

 

             - Ca commence à bien aller, entre vous… ! nota Harry.

 

             - Depuis que je me montre plus sérieux, on ne se querelle plus autant qu’avant… ! reconnu James. Cependant, maintenant, Sirius est contrarié pour la simple et bonne raison que les Maraudeurs, autrement dit nous, n’ont plus fait de blagues depuis la rentrée… en dehors, bien sûr, de son coup avec le Choixpeau… ! »

 

            La discussion continua durant un moment, jusqu’à ce que James se rappelle qu’il avait une réunion de préparation du Bal de Halloween, et parte en vitesse.

 

* * * * *

 

            Harry se réveilla en sursaut, tremblant de tout son corps. Il essuya, d’un revers de manche, la sueur qui perlait sur son front, ravivant du même coup la douleur de sa cicatrice qui était redevenue brûlante. Il inspira profondément, essayant de se calmer… Depuis deux ans, à la même époque, il refaisait le même rêve…, ou plutôt le même cauchemar… ! Cauchemar qui était plus un souvenir qu’autre chose… Depuis deux ans, à l’approche de “l’anniversaire” de la mort de ses parents, à l’approche de Halloween, il revivait leurs derniers instants… ! Visiblement, le fait d’être dans le passé n’avait nullement annulé cette “habitude”. Harry avait toujours supposé que cette soudaine émergence de ce souvenir, toujours dans cette période, avait été provoquée par ce qui était arrivé lors de son face-à-face avec Voldemort, le soir de la troisième tâche… Et Dumbledore, à qui il en avait parlé, avait été du même avis.

 

            Mais ça faisait deux jours déjà que le même cauchemar se répétait… Assis dans son lit, Harry soupira, passant distraitement la main sur son front douloureux. Il tendit négligemment l’oreille, mais un silence relatif régnait dans le dortoir, seulement troublé par la respiration des Maraudeurs endormis.

 

            Un peu plus et il se serait cru revenu à SON dortoir… Les ronflements de Neville trouvait même leur équivalence à l’époque où il se trouvait à présent, par ceux de Peter qui, pour une fois, dormait en silence…

 

            Harry soupira à nouveau, son cauchemar lui ayant remis le moral à zéro et ayant refait surgir ses idées noires… ! Même s’il faisait bonne figure dans la journée, son époque lui manquait… de plus en plus… ! S’il avait été chez lui, il en aurait parlé avec Ron… ou même Hermione… il aurait eu le soutient de son parrain, de SON directeur… ! Ici, il ne pouvait compter que sur lui-même… il ne pouvait en parler à personne… pas même au Dumbledore de cette époque… !

 

            Il adorait, bien sûr, être ici, avec les Maraudeurs… d’avoir cette occasion unique de connaître, enfin, un peu mieux, ses futurs parents…, mais ses amis lui manquaient… !

 

            Plus qu’il ne le laissait paraître, il s’inquiétait pour ses amis… ! Alors que, lui, il était relativement tranquille, sans la célébrité qui pesait continuellement sur ses épaules et sans la menace permanente de Voldemort, ses amis, eux, étaient directement exposés à un Voldemort plus puissant que jamais et qui devait probablement être prêt à retourner ciel et terre pour le retrouver, lui, Harry Potter, s’il venait à découvrir son absence… ! En cet instant, Harry aurait tout donné pour avoir des nouvelles de ses amis… !

 

            Un bruissement discret, semblable à une page qu’on tourne, le tira, momentanément, de ses réflexions et lui arracha un mince sourire… Visiblement, James ne dormait pas non plus et devait encore être plongé dans la lecture de “Roméo et Juliette”…

 

            Par nostalgie, Harry repensa à la fois où, en cinquième année, Hermione lui avait conseillé, et prêté, ce roman qu’elle avait eu, par ses parents, pour son anniversaire… ! Et voilà qu’il repensait à son époque… ! Qu’il repensait à tous ceux qui, avec le temps, étaient devenus comme une famille pour lui… !

 

            Ron, et sa famille qui avaient toujours été là pour le soutenir… Hermione, son parrain qui, malgré son statut “d’assassin en fuite”, faisait tout son possible pour l’aider du mieux qu’il pouvait, Remus (l’adulte) dont l’aide et le soutien avaient toujours été précieux pour l’adolescent, Hagrid, Dumbledore qui était devenu plus qu’un mentor et un directeur pour lui, mais une personne à qui il pouvait toujours se confier (même si le vieil homme continuait à lui cacher des choses, tout comme les deux “rescapés” des Maraudeurs d’ailleurs), Cho…, mais aussi Hedwige, sa fidèle chouette, et Fumseck…, tous les autres élèves de Gryffondor (oui, même Colin et Denis), ses amis de Poufsouffle et de Serdaigle… ! Son Eclair de Feu aussi… ! Bref, tout lui manquait…, même ses querelles avec Malefoy (ce qui n’était pas peu dire), les tensions avec le professeur Rogue… ! Oui, presque tout lui manquait… ! Même son apparence d’origine, ses cheveux en bataille, ses yeux vert émeraude, ses lunettes…, sa “ressemblance avec son père”, tout lui manquait… ! Sauf les Dursley, bien évidemment, et Voldemort, et les massacres permanent que réalisaient les partisans du mage noir… ! Pourtant, plus que jamais, il avait envie de rentrer chez lui… !

 

            Mais, visiblement, les recherches pour trouver la fameuse potion qui devait le renvoyer à son époque se révélaient plus complexes que prévue…, il ne lui restait donc plus qu’à attendre et profiter de la tranquillité relative qu’il connaissait ici ! Au moins, ici, Voldemort ne passait pas tout son temps à vouloir le supprimer… ! En fait, en y repensant, depuis l’attaque du Londres moldu, Le Voldemort immortel de cette époque s’était, d’ailleurs, tenu tranquille… ! Trop tranquille d’ailleurs… ! Et Harry savait pertinemment, en connaisseur de cause, que, lorsqu’il frapperait à nouveau…, il agirait bien et fort… !

 

            Harry était pourtant persuadé que ce qui c’était passé lors du premier match qu’il avait joué ici n’était pas une attaque isolée…, que ce n’était pas un hasard… !

 

            Il soupira une fois de plus. Finalement, sachant qu’il ne parviendrait pas à se rendormir, il sortit de son lit et quitta, silencieusement le dortoir. Ayant prit soin de ne pas faire de bruit en fermant la porte de la pièce, il descendit rapidement l’escalier en colimaçon menant à la Salle Commune et déserte.

 

            Installé confortablement dans un canapé, les bras passés autour de ses genoux qu’il avait remonté sous son menton, il observait distraitement le feu, encore vif, qui brûlait dans la cheminée, sans chercher à essuyer les larmes qui glissaient le long de ses joues.

 

            « Harry ? »

 

            L’adolescent sursauta, revenant violemment à la réalité. Il se retourna, pour découvrir, à quelques pas de lui, la jeune fille aux cheveux auburn qui l’observait avec une expression que Harry était bien incapable de définir.

 

            «- Lily ? Qu’est-ce que tu fais là… ? s’étonna Harry.

 

             - Je pourrai te poser la même question… ! répliqua-t-elle. Mais, pour te répondre, je n’arrivais pas à dormir, et j’avais besoin de réfléchir un peu… ! Et toi… ?

 

             - Besoin de réfléchir un peu, aussi… ! » répondit simplement Harry en haussant les épaules, en reportant son attention sur la cheminée.

 

            Il sentit le regard que la jeune fille avait posé sur lui, mais il fit mine de l’ignorer. Il y réussit plutôt bien, du moins jusqu’à ce qu’elle vienne s’asseoir à côté de lui.

 

            « Toi, tu as l’air d’avoir un sacré problème… ! » commenta-t-elle d’une voix douce.

 

            Harry resta silencieux.

 

            « Tu peux m’en parler, si tu veux… ! » proposa-t-elle, calmement.

 

            Harry leva, brièvement, les yeux vers elle. Elle sourit devant son air surpris.

 

            « Ben quoi ? Ce n’est qu’une proposition ! » lâcha-t-elle en haussant les épaules.

 

            Harry esquissa un semblant de sourire. Il y eut, ensuite, un long moment de silence.

 

            «- Mes amis me manquent… ! J’aimerai tellement avoir de leurs nouvelles… !

 

             - Nostalgique, hein ? observa Lily. Mais pourquoi ne peux-tu pas leur écrire ?

 

             - Crois-moi, si je pouvais, je le ferai… ! soupira Harry, en reniflant.

 

             - Mais pourquoi ne peux-tu pas le faire ?

 

             - Je ne peux pas… c’est tout… ! »

 

            Lily voulu dire quelque chose, mais se ravisa presque aussitôt. Et resta silencieuse, se contentant d’observer l’adolescent qui tentait, vainement, de refouler ses larmes, ce qui s’averrait assez difficile, du fait des derniers évènements et des répercussions morales que ses cauchemars avaient sur lui…

 

            Du coin de l’œil, il vit la jeune fille se rapprocher, hésiter, puis finalement passer un bras autour de ses épaules.

 

            Un geste qui troubla quelque peu Harry et qui fit céder ses dernières résistances.

 

            « Harry, tu peux vraiment m’en parler de tes soucis, si tu veux ! » insista Lily, d’une voix toujours aussi posée.

 

            Si seulement il pouvait le faire, il l’aurait probablement fait mais la brûlure permanente que lui infligeait la médaille le rappelait à l’ordre, lui ramenant à l’esprit qu’il n’avait pas à faire à n’importe qui et qu’il devait garder ses problèmes pour lui.

 

            « Ah, les garçons… ! soupira Lily devant son mutisme. Toujours à vouloir tout garder pour soit… ! »

 

            Elle l’attira cependant un peu plus près d’elle.

 

            « Tu sais, depuis que tu es là, jusqu’à présent, c’était toujours toi qui m’écoutait…, alors, il est normal que je te rende la pareille au moins une fois ! »

 

            Harry eut un pâle sourire, gardant toujours la tête basse.

 

            « D’après le peu que j’en sais, tu n’as pas eu l’air d’avoir une vie facile, en Australie… Si tu as été obligé de fuir ton pays aussi rapidement au point de devoir être envoyé ici, avec quasiment aucune affaire, tu dois avoir de sacrés problèmes… ! Et pourtant, tu ne te plains jamais de tout ça, tu n’en parles pas… ! Et tu continues à écouter les problèmes des autres, et à les conseiller… ! Mais c’est normal que tu aies besoin, à un moment ou un autre, de te confier à quelqu’un… ! Et puis, ce n’est pas bon de toujours tout garder pour soi… ! Les soucis finissent toujours par être évacués, d’une façon ou d’une autre… ! »

 

            Harry ne répondit pas, se contentant de sangloter contre elle, indifférent du fait qu’un garçon n’était pas sensé pleurer devant une fille… ! Mais là, il s’en fichait…, il n’en éprouvait aucune honte…, se contentant de se calmer lentement, dans l’étreinte réconfortante.

 

            Il ne comptait plus le nombre de fois, aussi loin qu’il s’en souvienne, où il avait souhaité se retrouver dans l’étreinte maternelle… ! Bon, il n’avait pas prévu que ça arriverait durant son petit voyage inopiné dans le passé…, mais même si, pour l’instant, Lily n’était qu’une adolescente du même âge que lui, elle restait, tout de même, biologiquement, sa mère… ! Et c’était tout ce qui comptait pour l’instant aux yeux de l’adolescent…

 

            Il mit un peu de temps à réaliser que Lily, ayant cessée de murmurer des paroles apaisantes, fredonnait à présent… ! Mais, surtout, cet air lui semblait vaguement familier.

 

            Quelque chose se décoinça alors dans son esprit troublé.

 

* * * * *

 

<flash-back>

 

            Le bébé s’époumonait dans son berceau, ne cessant pas même de pleurer quand sa mère  l’en sortit, le prenant dans ses bras.

 

            « Chut, mon chéri… ! Chut, mon cœur, c’est fini… ! souffla-t-elle. Ce n’était qu’un mauvais rêve, mon poussin ! Chut… ! C’est fini… ! Tout va bien… ! Maman est là… ! Chut ! »

 

            Lentement, le nourrisson se détendit dans les bras de sa mère, les yeux fixés sur elle, sensible à ses paroles réconfortantes, à la douceur de sa voix.

 

            Progressivement, ses sanglots s’espacèrent et il finit par cesser totalement de pleurer, encore secoué de hoquets silencieux, tout en restant cramponné à la robe de sa mère.

 

            « Oui, mon poussin… ! C’est fini… ! Tout va bien… ! » répéta-t-elle, en lui souriant avec tendresse, le berçant sans discontinuer.

 

            Au bout d’un moment, elle commença à chantonner, un sourire apparaissant alors sur le visage de son fils, toujours agrippé à elle :

 

“Petit garçon qui fait battre mon cœur…

Toi qui est né de l’union d’un grand amour…

Tu symbolises pour moi le bonheur…

Bonheur que tu m’apportes chaque jour.

“Rien n’est plus magique que le sourire d’un enfant”.

Avec toi, aujourd’hui,

Je découvre dans ses mots d’antan,

Que l’on ne m’avait pas menti.

Petit bébé né de deux mondes différents,

Tu as en toi un grand pouvoir :

Celui de l’amour de tes parents,

Qui te protégera éternellement,

Et, en toi, fera vivre l’espoir.

Petit sorcier si innocent,

Gardes en toi cet espoir, quoi qu’il arrive,

Car même si ton père et moi devions un jour partirent sur l’autre rive,

Avec toi, nos esprits resteront éternellement !”

 

<Fin du flash-back>

 

* * * * *

 

            Harry ferma douloureusement les yeux, profondément troublé et ébranlé. Il avait fallut un tel instant d’abattement pour parvenir, enfin, à faire ressurgir un tel souvenir de son esprit embrouillé. Il eut un sourire, toujours dans les bras de l’adolescente. Cet air qu’elle fredonnait, c’était le même que la berceuse que sa mère lui chantait pour l’endormir lorsqu’il était bébé.

 

            C’était comme si, soudain, toute sa peine s’était envolée. Il se sentait bien, serein… Sa déprime s’était volatilisée… brisée en milles morceaux… pour ne laisser en lui que ce sentiment de bien-être qui l’habitait à présent.

 

            Il se décida à s’écarter de la jeune fille qui s’interrompit et l’observa de façon indéfinissable, alors qu’il essuyait ses dernières larmes d’un revers de manche.

 

            «- Dis, Lily, c’est quoi cet air que tu… ?

 

             - Oh, ça… je ne sais pas trop… ! Ce n’est pas une chanson à proprement parler… ! C’est juste un air, comme ça, qui m’est venu à l’esprit il y a quelques temps… ! Mais je le trouve apaisant… ! répondit-elle en lui souriant légèrement. Ca va mieux ?

 

             - Oui…, grâce à toi… ! Merci ! assura Harry, en esquissant un large sourire reconnaissant.

 

             - Oh, de rien… ! C’était tout naturel… ! »

 

* * * * *

 

            Il y eut un moment de silence, alors que Harry reportait son attention sur le feu qui brûlait dans la cheminée. Lily, elle, continuait à l’observer… Elle ne savait pas pourquoi mais, plus que jamais, quelque chose chez ce curieux adolescent la troublait.

 

            « Bon, je crois que je vais retourner me coucher… ! » commenta-t-il finalement, en se levant.

 

            Lily acquiesça et se leva à son tour, tout en apercevant, l’espace d’une seconde, la médaille que l’adolescent portait et qui scintillait à la lueur du foyer dans la cheminée.

 

            «- Oui, et je crois que je vais faire pareil… ! reprit-elle, finalement. Tu devrais mieux dormir à présent, non ?

 

             - Sans aucun doute ! » certifia-t-il en souriant à nouveau.

 

            Tous deux gagnèrent, sans un mot, l’escalier menant à leur dortoir respectif.

 

            «- Au fait ! lança soudain Harry en repensant à quelque chose. Tu sais, le livre que tu as prêté à James… ?

 

             - Et bien, qu’est-ce qu’il en a fait ? demanda la jeune fille, perplexe, en rosissant comme à chaque fois que quelqu’un faisait allusion au Maraudeur.

 

             - Je peux te dire qu’il le passionne… ! répliqua Harry en souriant. Il a passé une bonne partie de l’après-midi et aussi une bonne partie de la nuit à le lire… ! »

 

            Lily sourit.

 

            «- Je ne pensais pas que ça lui plairait à ce point !

 

             - Et je n’aurais jamais imaginé le voir, un jour, lire “Roméo et Juliette” ! plaisanta Harry. Comme quoi, tout peut arriver… !

 

             - Oui…, tout peut arriver… ! approuva Lily. Bonne nuit, Harry !

 

             - Bonne nuit, à toi aussi ! »

 

            Sur ce, Lily se hâta de gagner son dortoir, perdue dans ses réflexions. Alors, comme ça, James avait vraiment décidé de lire ce roman ? Elle secoua la tête, amusée, ayant peine à croire qu’il puisse trouver un tel intérêt à un tel livre…

 

* * * * *

 

            «- Je déteste le mercredi ! grommela Sirius. Commencer la journée par Potions…, avec les Serpentard… et Krayak ! Quelle horreur… !

 

             - Plains-toi ! ironisa James. Ce n’est pas sur toi qu’il s’acharne, en ce moment… !

 

             - Oui, c’est vrai que, depuis le coup de la Potion de Jouvence, il passe le plus clair de son temps à être sur le dos de James et Harry… ! observa Remus.

 

             - C’est vrai qu’il a même cessé de s’en prendre à Queudver…, qui était pourtant son souffre-douleur préféré… !

 

             - Si tu pouvait éviter de lui rappeler ça, je ne m’en porterais pas plus mal… ! intervint Peter, l’air sombre.

 

             - Eh, McGonagall se ramène ! s’exclama soudain Sirius, en désignant discrètement l’enseignante qui, ayant quitté la table des professeurs, venait en direction de celle de Gryffondor.

 

             - Je me demande bien ce qu’elle nous veut ? marmonna James. On n’a rien à nous reprocher en ce moment… !

 

             - Ouais… la faute à qui d’ailleurs… ? » laissa lourdement sous-entendre Sirius.

 

            James n’eut guère le temps de répondre quoi que ce soit car la directrice-adjointe venait, à présent, vers leur petit groupe. Sous le regard de tous les Gryffondor et de certains élèves des autres maisons qui se trouvaient déjà dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner, la professeur de Métamorphose, s’arrêta près des Maraudeurs.

 

            «- Mr Calaway, le directeur aimerait vous voir à son bureau ! annonça-t-elle.

 

             - Maintenant ? demanda Harry, en se levant cependant.

 

             - Oui… ! Je vais prévenir le professeur Krayak que vous n’assisterez pas à son cours, et le directeur m’a dit que vous connaissiez déjà le mot de passe pour son bureau… !

 

             - Oui, pour ça, c’est bon… ! J’y vais de ce pas, professeur ! » assura Harry, avant se diriger vers la sortie non sans un regard aux Maraudeurs qui lui firent un signe encourageant, et à Lily qui, à quelques pas d’eux, lui adressa un petit sourire..

 

            Alors qu’il gagnait le bureau directorial, Harry s’interrogeait sur la raison de cette convocation… ! Peut-être que Dumbledore avait trouvé le moyen de le renvoyer chez lui (quelle ironie, dans ce cas, alors que, la veille, il souhaitait plus que tout rentrer)… ? Ou peut-être étais-ce à propos… d’autre chose ?

 

            Il atteignit rapidement la Gargouille de pierre qui s’écarta dès qu’il eut prononcé le mot de passe, puis s’engouffra dans les escaliers qui le menèrent à la lourde porte qui fermait le bureau.

 

            Harry, après un moment d’hésitation, frappa au battant, appréhendant ce qui allait suivre.

 

            « Entre, Harry ! » l’invita la voix du directeur.

 

            Harry obtempéra aussitôt et se figea sur le seuil du bureau, stupéfait, en découvrant deux Phénix perchés sur le bureau du directeur. L’un des deux oiseaux, apercevant Harry, laissa échapper quelques notes mélodieuses, et quitta le meuble pour venir se poser sur l’épaule de l’adolescent.

 

            Celui-ci sourit, un peu décontenancé, et caressa la tête écarlate de l’animal qui lui adressa un regard brillant de contentement.

 

            «- Salut Fumseck… ! souffla Harry.

 

             - Il semblerait bien que, en effet, ce Phénix te voue une affection toute particulière… ! »

 

            Harry sursauta, et prit finalement conscience de la présence du maître des lieux qui, jusque là, était debout, face à la cheminée.

 

            «- Professeur Dumbledore…, pourquoi… ? commença Harry, un peu perdu.

 

             - Je crois que… ton directeur a tenu à t’apporter quelques nouvelles de chez toi… ! annonça Dumbledore en souriant, en désignant une lettre posée sur son bureau.

 

             - C’est vrai… ? Mais comment… ? insista Harry.

 

             - Et bien, il semblerait que les Phénix aient aussi la faculté de se déplacer à travers le temps, sans aucun problème… ! » commenta le vieux sorcier, l’air amusé.

 

            Alors qu’il disait ça, le Fumseck du futur quitta brutalement l’épaule de Harry…, mais seulement le temps d’aller chercher le courrier qu’il était venu apporter et le rapporter à l’adolescent.

 

            « Merci, Fumseck ! » lança Harry, esquissant un large sourire, tout en prenant l’objet que l’oiseau (qui était de retour sur son épaule), tenait dans son bec et en le caressant une fois de plus, de sa main libre.

 

            Le Phénix chanta à nouveau puis délaissa, une fois de plus, l’épaule du garçon, pour venir se poser sur le dossier d’un siège qui faisait face au bureau de Dumbledore. Ce dernier sourit.

 

            « On dirait bien qu’il t’invite à t’asseoir, Harry ! » commenta le directeur.

 

            L’adolescent ne se fit pas prier plus longtemps et alla s’asseoir, avant de s’intéresser à l’enveloppe, assez épaisse, sur laquelle l’écriture arrondie de son directeur avait inscrit “Pour Harry”. Ayant décacheté le sceau qui fermait l’enveloppe, Harry en sortit quelques feuillets de parchemins.

 

            Harry sourit et s’intéressa à la première lettre, écrite de la main même de son directeur.

 

                         Harry,

            Je me suis dit que tu aimerais, probablement, avoir des nouvelles de ton époque… ! Oh, ne t’inquiètes pas, j’ai soumis ce courrier à un sortilège d’Illusion, de sorte que toi seul puisse en lire le contenu… ! Quiconque d’autre lirait ces mots n’y découvrirait que des lettres parfaitement anodine… !

            Comme tu vas bientôt le voir par toi-même, tu manques beaucoup à tout le monde ici et tous, du moins ceux qui sont dans la confidence, ont tenus à se joindre à moi pour te mettre un petit mot !

            Avant tout, je dois te dire que le professeur Rogue n’a que TRES moyennement apprécié le désordre qui régnait dans sa réserve…, même si je suppose que tu dois t’en douter un tant soit peu… !

            En ce qui concerne ton retour chez nous, il te faudra attendre encore un moment… ! D’après le professeur Rogue, la potion qui a provoqué ton voyage temporel ne sera créée, ou du moins utilisée, que vers le mois d’avril à venir…, tu as donc encore tout le temps pour profiter de ce qui s’offre à toi… !

            J’aurai pu, tout simplement, t’envoyer la potion ici, mais, tout d’abord, on ne peut envoyer d’une époque à une autre, par l’intermédiaire d’un Phénix, que des choses qui existent déjà à cette époque précise… ! Ou quelque chose d’assez petit pour rester près du corps de l’animal… ! Ainsi la lettre ayant été fixée à la patte de Fumseck, elle passait…“inaperçue” dans la masse de l’animal… ! Ensuite, je pense ne pas me tromper en avançant que tu te plaît bien assez à l’époque des Maraudeurs pour ne pas vouloir rentrer de sitôt… ! Et profite bien de ces vacances imprévues, pour une fois, tu n’auras pas à te préoccuper de Voldemort… :

            Sinon, je sais que tu es assez raisonnable pour savoir quelle est la meilleure chose à faire et que tu n’es pas du genre à agir bêtement, sur un coup de tête et faire quelque chose qui pourrait perturber gravement le cours du temps… ! Je me doute que tu as du envisager cette possibilité, au moins un instant…, mais, Harry, tu ne dois surtout rien changer… ! Laisse faire les choses et essaye d’interférer le moins possible dans ce qui se passe à Poudlard… ! Même si je sais pertinemment que, toi, plus que quiconque, aurait bien des choses à changer dans sa vie… ! Mais tu ne dois, en aucun cas, faire quelque chose qui changerait, irrémédiablement, le futur… ! Je te fais confiance pour ça… !

            Enfin, je pense qu’il est tout de même nécessaire, que je te parle de ce qui se passe ici… ! Depuis ton “départ”, la situation politique s’est encore plus dégradée… Voldemort a étendu désormais son pouvoir sur la quasi-totalité du Ministère de la Magie… Une fois, Voldemort a réussit à franchir les protections que j’ai instaurée à Poudlard… ! Mais seule un effectif réduit de ses troupes ont pu l’y suivre…, de sorte que nous n’avons pas eu de mal à les repousser et à réduire les pertes au minimum… ! Mais, rassure-toi, tout le monde va bien ici et j’ai renforcer encore plus les protections qui entourent l’école…

            Bon, je crois que je t’ai bien assez accaparé…, du moins, c’est ce que me laisse entendre Sirius qui, derrière moi, ne cesse de me demander quand j’aurai fini… ! Je ne vais donc pas mettre sa…“patience” à l’épreuve plus longtemps…

            Amuse-toi bien…

                         Albus Dumbledore

 

            Harry sourit en finissant de lire le mot du directeur et se hâta de s’intéresser au message suivant…, que Harry identifia comme ayant été écrit par…

 

                         Salut Harry,

            Contrairement à ce que laissait croire la fin du mot d’Albus, j’ai prit Sirius de vitesse… ! Comme tu dois t’en douter, il n’a pas vraiment apprécié mais bon…, je le fait enrager un peu, pour une fois… ! Alors, on fait les quatre cents coups avec les Maraudeurs ? Je me souvenais bien de Harry Calaway, mais je ne me rappelais plus de ce qui s’est passé durant le temps qu’il (ou plutôt tu) a passé à Poudlard, mais je n’ai, bien sûr, fait le lien, que lorsque Albus nous a appris que tu étais, en ce moment, dans le passé… ! Je comprends mieux certaines choses à présent et je suppose que le Dumbledore d’antan a du nous soumettre à un sort d’Amnésie après ton départ… !

            En tout cas, amuse-toi et profites-en bien pour te changer les idées…, et des querelles de James et Lily… ! D’ailleurs, je suppose que ça a du te surprendre quelque peu, sur le coup non ?

            Bon, je laisse la place à Sirius, avant qu’il ne m’étrangle…

                         Remus.

PS : Au fait, une dernière chose, bon anniversaire avec quelques mois de retard. (on y avait pensé, bien sûr, mais Albus ne s’est rappelé que ce matin qu’il avait, une fois, eu la surprise de découvrir deux Phénix dans son bureau…)”

 

            Le sourire de l’adolescent s’élargit, avant de s’intéresser au mot suivant.

 

            Ah, enfin… ! Bon, cette fois, c’est à moi… ! Je ne sais pas ce que je dois faire : te sermonner (pour avoir fait des imprudences et m’avoir donné quelques inquiétudes) ou te féliciter (pour avoir fait enrager Rogue…) ? Je suis quelque peu partagé entre ses deux possibilités… ! Alors, c’était toi, Harry Calaway ? Je ne comprend pas que je n’ai pas fait le lien plus tôt… !

            En tout cas, j’ai adoré la tête du p’tit Sévie quand il a découvert l’état de sa réserve…, il en était vert (au sens propre du mot), ce qui était plutôt de circonstances…

            Sinon, tant que j’y pense, bon anniversaire à toi, même si c’est dit avec près de trois mois de retard…

            A part ça, ici, nous n’avons toujours aucunes nouvelles du rat qui continue à nous échapper… ! J’espère, d’ailleurs, qu’il ne te pose pas trop de problème… ! Enfin, bon, je te sais parfaitement capable d’agir en conséquence avec lui… ! Quoi qu’il en soit, je ne compte pas m’attarder plus longtemps sur ce sujet… !

            Alors, Harry, je suppose que tu dois être ravis d’être à Poudlard à l’époque des Maraudeurs… ! J’espère qu’on te manque un peu, quand même… ?! Et fais attention à ce que tu vas répondre, hein !

            Bon, qu’est-ce que je peux dire pour t’écrire quelque chose de plus long que Luny (ça lui apprendra à me prendre de vitesse !)… ? Entre Albus et Rem, ils ne me laissent pas grand chose à dire, ces deux là… ! Franchement… !

Quoiqu’il en soit, tout le monde va bien et Ron et Hermione (bien sûr, nous les avons mis au courant) te passent le bonjour et espère que tu nous reviendras rapidement… ! Tes deux amis aimeraient sûrement y rajouter un mot mais ça sera pour la prochaine lettre je suppose… ! Pour l’instant, ils sont en Potions…, si bien que Rogue ne les laisserait pas facilement sortir de leur salle de classe et que nous profitons d’un moment de temps libre d’Albus pour écrire cette lettre…

J’espère que tout va bien pour toi et que tu profites bien de l’occasion qui s’offre à toi, pour t’amuser et te changer les idées au maximum… !

Ton parrain,

Sirius.

PS.1 : Renvoie nous Fumseck dès que possible !

PS.2 : Au fait, j’espère que tes “cauchemars pré-Halloween” ne te perturbent pas trop ! Au moins, par l’intermédiaire de Fumseck, tu auras au moins quelqu’un à qui tu pourras parler de tes soucis (si tu en as) !

 

            Harry relut une autre fois la lettre des trois sorciers et resta troublé. Au moins, ils pensaient à lui… Cette constatation suffit à finir de lui remonter le moral et lui remettre du baume au cœur… Il avait, à présent, un moyen d’avoir des nouvelles de chez lui…, et il allait encore pouvoir rester un moment ici, vu que, son directeur lui laissait entendre qu’il faudrait attendre la fin de l’année pour obtenir la potion qui le ramènerai chez lui…

 

            Il revint à la réalité, lorsque le directeur déposa un parchemin, une enveloppe et une plume devant lui. Harry leva alors les yeux vers le vieil homme.

 

            « Je suppose que tu veux y répondre de ce pas, à cette lettre… ! » intervint alors Dumbledore, les yeux pétillants, visiblement amusé par l’étonnement de Harry.

 

            L’adolescent sourit et remercia aussitôt le vieux sorcier, avant de se lancer dans une réponse à la lettre qu’il venait de recevoir, sous le regard des deux Phénix, tandis que Dumbledore reportait son attention vers la cheminée.

 

            Une fois sa lettre finie, dans laquelle il répondit, avec moults détails, aux trois sorciers, il ferma soigneusement l’enveloppe en parchemin, avant d’y inscrire le nom du propriétaire du Phénix. Le Fumseck du futur s’avança aussitôt vers Harry et tendit une patte vers l’adolescent qui y fixa soigneusement son courrier, avant de caresser l’animal.

 

            « Merci, Fumseck ! » murmura-t-il.

 

            L’animal posa son regard intelligent vers lui et laissa échapper quelques notes rassurantes avant de sautiller à travers le bureau, et disparaître dans un tourbillon de plumes.

 

            «- Et le voilà déjà reparti… ! commenta, amusé, le Dumbledore de cette époque, qui, toujours près de la cheminée, avait observé la scène, les mains dans le dos.

 

             - Oui… ! acquiesça l’adolescent. Professeur, je peux y aller, à présent ?

 

             - Mais bien sûr, à moins que tu aies quelque chose de particulier à me demander ou à me dire… !

 

             - Euh non… ! Ah si, mon directeur me fait savoir qu’il est impossible d’envoyer ici la potion qui me permettrait de rentrer à mon époque… !

 

             - C’est ce que je me suis dit, Harry, mais merci de me le signaler… ! répondit le vieux sorcier en souriant. Bien, si tout est en ordre, tu peux retourner en cours, Harry… !

 

             - Oui… ! Merci, professeur… ! ajouta l’adolescent en se levant, en gratifiant, au passage le Fumseck de cette époque d’une caresse.

 

             - Mais de rien, Harry… ! Et, si j’étais toi, j’irai plutôt directement attendre près de la salle d’Histoire de la Magie… car le temps que tu descendes, le cours de Potions sera déjà terminé… ! »

 

            Harry sourit, acquiesça, puis quitta le bureau directorial, tout en glissant la lettre qu’il venait de recevoir dans sa poche. Il gagna, le cœur léger, la salle de Histoire de la Magie qu’il atteignit, au moment où la cloche annonçant la fin des cours sonnait. Presque aussitôt, il vit les élèves de Serdaigle de première année qui y avaient cours juste avant sa classe en sortir, l’air soulagé. Harry sourit à ce spectacle et jugea préférable d’attendre l’arrivée des autres avant d’entrer…, ce qui ne tarda pas…

 

            « Harry ! »

 

            Il se retourna, et sourit en voyant arriver les élèves de septième année de Gryffondor, Elsa, Amy et Lily en tête. Cette dernière s’approcha de lui.

 

            « Alors, ta convocation s’est bien passée ? s’enquit-elle.

 

             - Oui, très bien… ! J’ai reçu une lettre de mon directeur… ! répondit Harry, avec enthousiasme.

 

             - Mais c’est génial… ! s’exclama Lily. Les nouvelles sont bonnes, alors ?

 

             - On ne peut plus bonnes ! » acquiesça Harry.

 

            Ils n’eurent guère le temps d’en dire plus car, les Maraudeurs, qui fermaient la marche, arrivèrent à leur tour en compagnie des autres élèves de leur classe et, tous ensembles, ils entrèrent dans leur salle de cours suivante, alors que les Maraudeurs se hâtaient de demander à Harry ce qui s’était passé.

 

* * * * *

 

            Deux jours s’étaient écoulés et le jour J de Halloween était finalement arrivé, au plus grand contentement de la plupart des élèves, et à l’agacement d’autres. Si les cours de la matinée avaient été maintenus, ceux de l’après-midi avaient, quand à eux, été annulés, au plus grand plaisir de l’ensemble des élèves, même si James râlait, du fait que ça lui faisait rater une séance d’entraînement de Quidditch…

 

            Un peu avant dix-neuf heures, la plupart des élèves de Gryffondor se trouvaient dans la Salle Commune. Harry et les Maraudeurs discutaient avec animation, dans un coin de la pièce.

 

            «- Hé, Harry, je vois que, toi non plus, tu n’as pas de partenaire pour le bal… ! commenta James, au bout d’un moment.

 

 - Non… ! De toute façon, je n’aime pas danser… ! répondit Harry. Mais je croyais que tu avais quelqu’un avec qui aller ?

 

 - J’étais sensé y aller avec Clara, tu sais la préfète de Serdaigle ! Mais, finalement, j’ai changé d’avis, alors elle y va avec un de ses amis de maison… ! » avoua James, distraitement.

 

            Harry resta silencieux, l’observant en souriant. Bien qu’il ne lui en ait rien dit, l’adolescent se doutait que son “père” avait inventé ce rendez-vous, afin de faire bonne impression vis à vis des autres, mais qu’il n’avait jamais vraiment demandé à cette fille de l’accompagner au bal. Et, depuis que James et Lily s’étaient confiés à lui, Harry se doutait que, finalement, leur réconciliation risquait d’être bien plus proche qu’il ne se l’était imaginé… ! Comme venait le confirmer les différentes conversations que les deux Préfets-en-Chef avaient eu ces derniers temps…

 

            Il fut tiré de ses réflexions par l’arrivée des filles. En fait, parmi les Maraudeurs, seuls Sirius et Remus avaient des partenaires qui n’étaient autres qu’Amy et Elsa. Harry et James se tournèrent vers les trois amies au moment où elles entraient dans la Salle Commune et Harry aperçu l’air stupéfait de James, en les apercevant. Mais il sourit en réalisant que son regard était posé sur la jeune fille qui fermait la marche.

 

            Harry songea que sa “mère” était particulièrement radieuse ce jour-là. En effet, celle-ci portait, pour l’occasion, une longue robe verte vaporeuse et ornée de fils d’or, qui mettait parfaitement en valeur ses formes et qui laissait apparaître une paire de chaussures fines et assorties à la robe qu’elle portait. Ses cheveux auburn étaient relevés et retenus par une barrette dorée et le fait qu’elle soit maquillée ajoutait à son charme. Elle avait dit à Harry qu’elle n’y allait que par obligation, tout comme James, d’ailleurs. Jetant un coup d’œil à ce dernier, Harry réalisa qu’il s’était repris.

 

            « Bon, maintenant que Sirius et Rem ont retrouvé ces dames, si on y allait… ? » suggéra James à l’attention de Peter et Harry.

 

* * * * *

 

            « Eh ! Vous saviez que les Préfets-en-Chef et Préfets devaient ouvrir le bal ? » lança Peter, au cours du repas.

 

            James manqua alors de s’étouffer avec son repas à ces mots, et passa cinq bonnes minutes à tousser avant de pouvoir reprendre la parole.

 

            «- Quoi ? Qui c’est qui a dit ça ? s’exclama-t-il, plus pâle que de coutume.

 

 - Ben, c’est McGonagall, je l’ai entendu dire ça quand on est passé dans le hall… !

 

 - Oh, mince… ! marmonna James. Ca veut dire que… ? Je vais devoir danser…avec Evans ? réalisa-t-il.

 

 - Ben, on dirait bien… ! commenta Peter. Bah, tu sais, de toute façon, c’est que pour une danse… ! »

 

            James soupira, mais ne dit rien. Harry pouvait cependant voir qu’il paraissait nerveux.

 

Le repas prit fin dans une ambiance tendue, excepté au moment de la petite perturbation occasionnée par la “boîte à meuh” (nom moldu) que Sirius trouva, l’air intrigué, dans un pétard-surprise et qui esquissa, à sa plus grande stupeur, un “meuh” retentissant. Un silence étonné avait accompagné ce phénomène.

 

            « C’est pas moi ! Je jure que c’est pas moi ! C’est la boîte qui… ! » se défendit Sirius, dans l’étrange silence qui régnait.

 

            Tout le monde éclata alors de rire, Sirius y compris, devant l’absurdité de la situation. Les autres convives se jetèrent alors sur les pétard-surprises, dans l’espoir de trouver d’autres de ces fameuses “boîtes à meuh”.

 

 Puis vint le moment où Dumbledore prit la parole, imposant le silence dans la pièce.

 

            « Bien, à présent, j’ai le grand plaisir de vous annoncer que le bal de Halloween va commencer… ! Messieurs et Mesdemoiselles les Préfets-en-Chef et Préfets veuillez avoir l’amabilité d’ouvrir les festivités… ! »

 

            James soupira et se leva, hésitant.

 

            «- Je suis sûr que ça va bien se passer… ! lui souffla Harry. Et puis, elle ne va pas te manger… !

 

 - On sait jamais… ! marmonna-t-il, en lui adressant un sourire crispé. Bon, quand faut y aller… ! »

 

            Sur ce, il s’éloigna de la table, sous le regard amusé de Harry.

 

* * * * *

 

            Lily, perdue dans ses pensées, ne vit pas James approcher. Ce qui n’échappa pas à Amy qui assise entre Sirius et elle la prévint discrètement.

 

            «- Je crois qu’il y a quelqu’un qui vient te voir… ! chuchota-t-elle, alors que Sirius et Remus échangeaient un regard amusé.

 

 - Parce que tu t’imagines vraiment qu’il va… ? commença-t-elle, sombrement.

 

 - Euh…, Evans… ! »

 

            Interloquée, celle-ci sursauta et se retourna, abasourdie, vers le nouveau venu qui n’était autre que James. Contre toute attente, il était vraiment venu… Elle fut étonnée de sa gêne…

 

            « Enfin, je veux dire… ! Lily, vu qu’on est Préfets-en-Chef…, et qu’on doit… “montrer” l’exemple…, tu… tu veux bien être ma partenaire pour cette danse… ? » lâcha-t-il, évitant soigneusement son regard, tout en se passant la main sur la nuque, d’un geste nerveux.

 

            La jeune fille se demanda, l’espace d’une seconde, si elle ne rêvait pas… Non seulement il l’avait appelé par son prénom, mais en plus, il était là, juste devant elle, pour l’inviter à danser, alors que rien ne l’y obligeait…

 

            «- Mais, si tu ne veux pas, je comprendrais très bien… ! ajouta-t-il, précipitamment, devant son silence.

 

 - Non, c’est bon… ! Je veux bien, Pot… ! Euh, James… ! répondit-elle, en se reprenant, avec un petit sourire.

 

 - Hum… ! Bon, alors on ferait bien d’y aller. La danse va commencer… ! » ajouta-t-il.

 

Elle acquiesça, anxieuse, et accepta la main qu’il lui tendait, sous les sourire des quatre autres. Tous deux gagnèrent la piste de danse, rejoignant les autres Préfets, alors que Dumbledore repoussait les tables dans un coin de la pièce et qu’un groupe de musique envahissait l’estrade prévue à leur intention, à l’autre bout de la Grande Salle.

 

            « Rien de tel qu’une valse pour bien débuter la soirée… ! » commenta le chanteur, avant que son groupe n’entame les premières notes.

 

            Les deux Préfets-en-Chef de Gryffondor se firent face, hésitants. James posa finalement une main sur sa taille et prit, de l’autre main, l’une des mains de son homologue féminin, alors qu’elle venait mettre sa main libre sur son épaule.

 

            « Détends-toi… ! se houspilla-t-elle, mentalement. Ce n’est qu’une danse… ! »

 

            Elle s’efforça donc de se calmer, de chasser toutes ses appréhensions, en vain, alors qu’il l’entraînait dans la danse. Concentrer sur les pas, dans un premier temps, elle finit par s’apaiser, laissant son partenaire mener la danse. Il n’y avait pas à dire, il dansait vraiment bien… ! Elle se mordit les lèvres à cette pensée.

 

            «- Il y a quelque chose qui ne va pas ? s’enquit-il, la ramenant à la réalité.

 

             - Euh non, ça va… ! Ca va très bien… ! »

 

            Pourtant, les regards que les autres élèves posaient sur eux la gênait, la troublait profondément et elle fut plus que soulagée lorsque les autres envahirent, à leur tour, la piste de danse, lui permettant ainsi de profiter pleinement du moment présent… ! Ce n’était pas aussi épouvantable qu’elle l’avait craint… de danser avec lui… ! Elle avait eu peur de ne pas être à la hauteur, de faire quelque chose de travers, que quelque chose se passe mal… ! De perdre son sang-froid devant tout ce monde… ! Mais, au contraire, tout se passait bien… ! Peut-être même trop bien… ! En fait, elle en venait même à trouver cela plaisant et elle savourait cet instant rare qui s’offrait à elle. Il en profitait lui aussi, ayant du mal à croire qu’il ne rêvait pas et que tout cela était bien la réalité. Sans s’en rendre compte, il l’attira un peu plus contre lui. Lily, sentit son cœur battre un peu plus fort dans sa poitrine et elle se laissa aller un peu plus au sentiment de bonheur qui l’habitait en cet instant, profitant de l’occasion, souhaitant que ce moment ne s’arrête jamais…, son camarade l’observant intensément, sans qu’elle ne s’en rende compte.

 

            Malheureusement, tout bon moment ayant une fin, la musique s’arrêta et tous deux s’écartèrent, un peu à contre-cœur.

 

* * * * *

 

            La soirée était bien avancée. James et Harry discutaient de choses et d’autres à une table. Mais ce dernier remarqua que James ne cessait de jeter, discrètement, à la plus grande satisfaction de Harry, des regards vers Lily qui conversait avec Amy alors que Sirius était partit chercher un truc à boire.

 

            «- Pourquoi tu ne vas pas la voir ? suggéra Harry, au bout d’un moment.

 

 - Voir qui ?

 

 - Ben, Lily… ! Tu devrais aller lui parler… ! Je suis sûr qu’elle n’attend que ça… ! » lança-t-il.

 

            James resta un moment silencieux, songeur, avant de se tourner vers Harry.

 

            «- A quoi bon ? Ca ne pourrait pas marcher… ! Pendant sept ans, on a été comme chien et chat et là, tout d’un coup, je voudrais que ça change aussi simplement… ? commenta-t-il.

 

 - Tu devrais au moins essayer de lui parler… ! insista Harry. J’ai une certaine expérience des filles et je peux te dire qu’elles ont tendance à cacher, d’une façon ou d’une autre, leurs vrais sentiments… ! »

 

            James ne répondit pas, jouant distraitement avec sa bouteille de Bièraubeurre. Un long moment de silence s’écoula, sans que ni l’un ni l’autre ne prononce un mot. Au bout d’un moment, du coin de l’œil, Harry vit Lily quitter la Grande Salle et, visiblement, James aussi s’en était aperçu.

 

            « Je reviens… ! » lâcha-t-il, avant de se lever et quitter la pièce, à la suite de la jeune fille.

 

            Harry sourit, pas dupe sur les raisons de sa sortie.

 

            « C’est dans la poche… ! » murmura-t-il.

 

* * * * *

 

            Lily était plongée dans ses réflexions, frissonnant dans l’air frais nocturne, assise sur les quelques marches qui menaient au Parc.

 

            «Eh, Lily ! »

 

            Elle sursauta, surprise. Elle n’avait entendu arriver personne, mais elle n’avait nul besoin de se retourner pour identifier la personne à qui appartenait cette voix si familière, bien qu’il l’ait appelé par son prénom. James se laissa alors tomber sur les marches, à ses côtés.

 

            Un long moment s’écoula sans que ni l’un ni l’autre ne prononce un mot. Finalement, James inspira profondément et prit la parole.

 

            «- Dis, est-ce que ça te dirait qu’on aille marcher un peu… ?

 

 - Si tu veux… ! » répondit-elle, surprise, avant de se lever.

 

            Côte à côte, tous deux s’avancèrent sur la vaste étendue du Parc. Mais ils n’allèrent pas bien loin car James s’arrêta, aussitôt imité par une Lily perplexe. Cependant, elle déglutit péniblement, troublée, en rencontrant le regard de l’adolescent, et chercha à détourner les yeux, son cœur battant la chamade. Il tendit la main et remit une mèche auburn derrière l’oreille de la jeune fille, la mettant encore plus mal à l’aise. Mais, une fois cela fait, il n’enleva pas sa main, la laissant contre sa joue, la faisant frémir à ce contact et la fixant avec intensité.

 

            « James… ! » souffla-t-elle, ne sachant pas trop quoi dire ni comment réagir.

 

            Il posa un doigt sur ses lèvres, l’interrompant aussitôt à ce simple contact. Le cœur de la jeune fille battait à présent tellement fort qu’il devait, inévitablement, l’entendre. Tous deux se faisaient face, James l’obligeant toujours à soutenir son regard. Mais il la fixait avec une telle intensité…, à quelques centimètres l’un de l’autre. Soudain, elle se sentit irrésistiblement attirée vers lui, comme quelques semaines plus tôt, alors qu’il se penchait légèrement vers elle. Elle tressaillit lorsque leurs lèvres se rencontrèrent, et elle recula aussitôt, troublée.

 

            « Excuse-moi, Lily… ! lança-t-il soudain, revenant, à la réalité. Je ne sais pas ce qui m’a prit… ! Je… ! »

 

            Il se tut en rencontrant son regard… C’était à présent elle qui le fixait avec intensité, cherchant à évaluer jusqu’à quel point elle pouvait lui faire confiance…, jusqu’à quel point elle pouvait croire en sa sincérité…

 

            « C’est rien, James… ! répondit-elle. C’est juste que…c’était si soudain… ! Je n’ai pas l’habitude de… ! »

 

            Son cœur battait à tout rompre. Il tendit à nouveau la main, et lui effleura la joue du dos de la main. Il y eut un long moment de silence gêné, alors qu’il enlevait promptement sa main, mal à l’aise.

 

            « Lily, je voulais te dire que… ! commença-t-il, en s’agitant nerveusement et sans oser la regarder. Avant tout, il faut que tu saches que j’ai adoré danser ave toi… ! Et… ! Et même si ce n’est pas réciproque, je… ! Je t’aime… ! » lâcha-t-il, dans un souffle.

 

            La jeune fille ne répondit rien, étonnée par cette soudaine révélation, ayant du mal à en croire ses oreilles. Il l’aimait ? Il avait vraiment dit ça… ?

 

            «- Je sais que ça peut te paraître un peu déplacé… ! reprit-il devant son silence, en détournant les yeux. Alors que, jusqu’à présent, on n’arrêtait pas de se disputer mais… ! Je me suis dit que… ! Peut-être… !

 

 - Oh, James… ! murmura-t-elle, troublée, les joues écarlates. Je suis touchée que tu me dise ça… ! Je ne savais pas que tu… ! Je n’ai jamais osé te le dire mais, je… t’aime aussi… ! »

 

            Son camarade, ne semblant pas s’attendre à une telle réponse, rencontra, à nouveau, son regard brillant d’émotion.

 

            «- C’est vrai ? demanda-t-il.

 

 - Oui… ! Mais je ne m’en suis rendue compte récemment… ! avoua-t-elle, une larme venant rouler sur ses joues. Et je… ! »

 

            Elle s’interrompit lorsqu’il vint, doucement, effleurer sa joue pour essuyer la larme solitaire. Mais il n’enleva pas sa main, fixant intensément les yeux vert émeraude.

 

            «- Je n’avais pas vraiment conscience de ce que je ressentais, réellement, pour toi… ! avoua-t-il. Du moins, jusqu’à ce soir… ! Ce que j’ai éprouvé, en te tenant aussi près de moi, c’était… ! Je ne trouve pas de mot assez fort pour décrire ça… ! Mais c’est là que j’ai réalisé et… que j’ai compris que, sans toi, je n’étais rien… !

 

 - Mais, tu… ? commença-t-elle, en souriant. Et quand je pense que tu… ? »

 

            Elle s’interrompit lorsqu’il posa, une nouvelle fois, un doigt sur ses lèvres.

 

            «- Tu es encore plus belle que d’habitude, ce soir… ! murmura-t-il, en lui caressant légèrement la joue.

 

 - Et toi tu es encore plus mignon… ! ajouta-t-elle. Et tu ne peux pas imaginer ce que… ! »

 

            Elle n’eut pas le temps d’en dire plus car, à nouveau, Lily se sentit attirée vers lui, son cœur recommençant à faire des siennes. Leurs lèvres s’effleurèrent à nouveau, et cette fois, elle ne recula pas. Mais ils s’écartèrent presque aussitôt, aussi rouge l’un que l’autre, avant de revenir pour un autre baiser. Elle n’avait jamais vraiment embrassé quelqu’un et elle avait du mal à croire que son premier vrai baiser lui était donné par James Potter… ! Pourtant, c’était ses lèvres qui pressaient les siennes… ! C’était lui qui… ! Elle réalisa alors qu’il avait posé ses mains sur ses hanches… !

 

Il passa les mains dans le dos de l’adolescente et l’attira un peu plus contre lui. Ils s’écartèrent un moment, le souffle court, les joues plus roses que la normale. Elle ouvrit les yeux, recherchant ceux de son ami. Il lui répondit d’un sourire qui fit fondre ses derniers doutes et elle se rapprocha un peu plus, posant sa tête contre son épaule, savourant la proximité de leurs corps, sa chaleur, son étreinte rassurante. Elle frissonna en sentant sa main remonter le long de son dos, avant de revenir sur sa taille. Elle releva la tête et rencontra le regard aimant de son camarade. Elle sourit et, attirant son visage vers elle, elle effleura ses lèvres des siennes, profitant de leur douceur. Elle sentit l’étreinte de l’adolescent se resserrer sur sa taille alors qu’il l’attirait tout contre lui, ce qui les fit frémir tous les deux. Mais aucun d’eux ne tenta de s’écarter, ne voulant pas briser ce moment magique qui s’était installé. Elle passa les bras autour de son cou, lui caressant tendrement la nuque, le faisant frissonner. Tous deux se séparèrent momentanément et ils restèrent ainsi, étroitement enlacés.

 

            «- Je t’aime plus que tout… ! murmura-t-il, avant de l’embrasser doucement sur le front.

 

 - Moi aussi, je t’aime… ! » ajouta-t-elle, en plongeant son regard dans celui de son ami.

 

            Il sourit et se pencha à nouveau vers elle. Tous deux fermèrent les yeux, lorsque leurs lèvres se rencontrèrent. Mais, cette fois, à la surprise de Lily, il entoura ses lèvres des siennes. Elle n’avait aucune idée de ce qu’elle devait faire, mais, instinctivement, elle les entrouvrit mais elle tressaillit lorsque sa langue effleura la sienne. Il se retira aussitôt, sentant sa gêne. Mais cette fois, ce fut elle qui vint chercher ses lèvres, réclamant ainsi un autre baiser. Une fois de plus, elle le laissa introduire sa langue dans sa bouche, mais ne put s’empêcher, de frissonner lorsque leur langue se rencontrèrent. Ce fut alors comme une libération d’émotions et de sensations telles qu’elle n’avait jamais connue jusque là… ! C’était… enivrant… ! Cette expérience avait quelque chose de particulièrement envoûtant… ! Elle se détendit un peu tandis que leur langue faisaient “sagement connaissance” et vint, tout naturellement, sans en avoir vraiment conscience, passer les bras autour de son cou. Mais le baiser ne tarda pas à se faire plus passionné, leur langue se nouant étroitement, entamant un ballet qu’elle ne contrôlait pas mais qui n’avait rien de déplaisant, bien au contraire. Elle frissonna lorsque les mains de son ami glissèrent de sa taille à son dos, la rapprochant ainsi de lui, alors qu’elle resserrait sa prise autour du cou de son camarade, un peu perdue, mais approfondissant du même coup leur baiser. C’était peut-être inattendu, mais pas du tout désagréable…

 

Au bout d’un moment qui leur sembla avoir durer une éternité mais qui, en fait, n’avait dû durer que quelques secondes, ils s’écartèrent, rouvrant les yeux, avant de se retrouver à nouveau, dans un baiser plus passionné que le précédent.

 

* * * * *

 

Perdu dans leur petit monde, aucun d’eux ne remarqua le sourire de l’adolescent qui observait, depuis l’entrée du hall, la naissance du couple qui dans quelques années serait ses parents, avant de rentrer dans le château, ne voulant pas jouer les “voyeurs” plus longtemps…

 

            Harry regagna la Grande Salle où la fête battait son plein. Il venait juste de regagner sa table, lorsque Sirius le rejoignit.

 

            «- Eh, Harry… ! Tu ne saurais pas où est James, par hasard ? demanda-t-il.

 

 - Tu sais, je crois qu’il est occupé pour un bon moment… ! répondit Harry en souriant. Et si j’étais toi, je ne m’inquièterai pas pour lui… ! Il est entre de bonnes mains ! »

 

            Sirius l’observa, perplexe puis, semblant réaliser ce qu’il voulait dire, il eut un sourire entendu.

 

            « Oh, je vois… ! commenta-t-il. Je me demandais quand ils allaient se décider, ces deux là… ! Mais ils étaient fait l’un pour l’autre, on s’en était rendu compte depuis un bon moment, Rem et moi… ! Je suis prêt à parier qu’ils ne mettront pas longtemps avant de se faire un petit héritier… ! »

 

            Harry ne répondit pas, sachant très bien que, d’ici quelques années, ils auraient, effectivement, un enfant… lui… ! Ca lui faisait bizarre de se dire ça, mais c’était la stricte vérité.

 

            « Bon, j’vais aller annoncer cette grande nouvelle à Rem et Peter… ! » commenta Sirius, en adressant un sourire complice à Harry, sans remarquer le soudain trouble de ce dernier.

 

* * * * *

 

            La fête battait son plein lorsque, une bonne heure plus tard, James et Lily refaisaient leur apparition dans la pièce. Avisant leurs amis rassemblés près du buffet, tous deux se frayèrent un chemin jusqu’à eux.

 

            « Alors, on s’décide enfin à revenir parmi nous… ? » se moqua Sirius, tout en jetant un bref regard à l’une des mains de son meilleur ami qui serrait celle de la Préfète-en-Chef.

 

            James se contenta de hausser les épaules en le gratifiant d’un grand sourire. Sirius, en juste retour des choses, lui répondit d’un sourire grimaçant.

 

            « J’en connais une qui ne devrait pas mettre de rouge à lèvres la prochaine fois qu’elle t’embrassera… ! » commenta-t-il, avec un sourire suffisant, faisant rougir les deux intéressés.

 

            Les autres éclatèrent de rire, tandis que Remus tendait un mouchoir à son ami en lui désignant sa joue droite.

 

            «- Alors, vous vous êtes enfin décidés, tous les deux… ? commenta Amy en retrouvant un semblant de sérieux.

 

             - Comment ça, “enfin” ? s’étonna Lily.

 

             - Ben, franchement, c’était évident… ! Vous étiez bien les seuls à ne pas vous en rendre compte que vous étiez fait l’un pour l’autre… ! répliqua Elsa, en souriant. Alors, ça y est, cette fois, c’est officiel… ?

 

             - En tout cas, ça le sera très prochainement… !  remarqua Sirius, l’air moqueur. Vous connaissant, Amy et toi, ça m’étonnerai pas que, dès demain, toute l’école soit au courant ! »

 

            Amy le gratifia d’un coup de coude dans les côtés et d’un regard offensé, sous les rires des autres membres de leur petit groupe.

 

            Le petit groupe resta donc un moment près du buffet à plaisanter et deviser à propos de tout et de rien, quand un changement de musique, et un changement d’ambiance dans la salle, les ramena à la réalité du bal.

 

            Sans attendre, James attrapa Lily par la main (qu’il avait finit par lâcher) et l’entraîna vers la piste, la jeune fille le suivant de bon cœur.

 

            «- Et ben… ! commenta Sirius, en éclatant de rire. En voilà un qui est bien pressé d’aller danser un slow… ! plaisanta-t-il.

 

             - Tu l’as dit… ! approuva Remus.

 

             - Oui, et ça serai bien si d’autres avaient le même enthousiasme ! » observa Amy, avec un ton lourd en sous-entendu.

 

            Harry éclata de rire, et Remus et Sirius ne tardèrent pas à comprendre où elle voulait en venir, appuyée par Elsa, de sorte que les deux Maraudeurs entraînèrent aussitôt leur partenaire respective parmi les couples de danseurs, parmi lesquels se trouvaient déjà les deux Préfets-en-Chef.

 

            Harry secoua la tête, amusée.

 

            « Ils forment de beaux couples, tu ne trouves pas ? » commenta Peter, rappelant à Harry la présence du quatrième Maraudeur qui, jusque là, s’était montré plutôt discret.

 

            Celui-ci, un verre de Bièraubeurre à la main, se tenait à côté de Harry et observait les danseurs avec une expression que Harry était bien incapable de déterminer.

 

            « Oui… ! approuva Harry. Ils forment de beaux couples… ! »

 

            Disant cela, Harry ne put s’empêcher de s’étonner de n’avoir jamais entendu parler d’Amy et d’Elsa et se promit d’en parler à son parrain et son ancien professeur la prochaine fois qu’il en aurait l’occasion…, probablement la prochaine lettre… !

 

* * * * *

 

            Longtemps après que le Bal eut prit fin, et après une petite promenade en tête à tête dans le parc, James et Lily se décidèrent à regagner la Tour de Gryffondor.

 

            Tous deux s’arrêtèrent devant la chambre de la jeune fille et restèrent un petit moment, en silence, face à face.

 

            «- Merci beaucoup, James ! J’ai passée une super soirée… !

 

             - Moi aussi… ! » répondit-il avec un léger sourire.

 

            Sur ce, il se pencha légèrement et déposa un rapide baiser sur les lèvres de sa petite-amie qui lui rendit aussitôt la pareille, dans un baiser chaste et doux. Lorsqu’ils se séparèrent, tous deux restèrent un moment les yeux dans les yeux puis l’adolescent sourit, remit une mèche auburn derrière l’une des oreilles de son amie et l’embrassa sur le front, esquissant un sourire franc.

 

            «- Bonne nuit, Lily… ! lança-t-il finalement.

 

             - Bonne nuit à toi aussi, James ! » répondit-elle, les joues rosies.

 

            Tous deux restèrent silencieux, incapable d’esquisser le moindre geste. Puis il lui attrapa la main et, lentement, se pencha, sans la quitter des yeux, pour y déposer un léger baiser.

 

            « Fais de beaux rêves… ! » murmura-t-il.

 

            Elle lui sourit et se rapprocha de la porte, mais elle s’arrêta, une main sur la poignée, l’autre étant toujours tenue par son ami. Celui-ci, semblant s’en rendre compte, la lâcha, lentement, laissant leurs doigts s’entremêler l’espace d’un instant, la faisant rougir un peu plus.

 

            «- Dors bien toi aussi… ! lança-t-elle finalement, avant de disparaître dans sa chambre, non sans un dernier regard à l’adolescent qui resta un long moment à fixer la porte d’un air rêveur, un petit sourire aux lèvres avant de regagner son propre dortoir où il fut “accueillit” par une pluie d’oreillers.

 

             - Eh ! protesta-t-il.

 

             - Alors, Roméo, c’est à cette heure qu’on rentre ? répliqua, l’air faussement sévère, Sirius, les bras croisés, qui se tenait près de son lit. Et le couvre-feu, hein ? Ah la la, il est beau l’exemple que nous offre nos deux Préfets-en-Chef ! »

 

            En réponse, James ramassa les oreillers et les lui jeta à la figure, avant de filer se réfugier dans son lit et en tirer les rideaux, sous les rires des autres.

 

 

Chapitre précédent                                                    Chapitre suivant

 

 

Aller au Chapitre :   01, 02, 03, 04, 05, 06, 07, 08, 09,

            10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19,

 20, 21, 22, 23

 

 

Fanfictions

Sommaire